N°17. Janvier 2019
 

Edito

Tous nos meilleurs voeux !

L’équipe "qualité de la construction" de la DREAL vous adresse ses meilleurs vœux pour la nouvelle année placée sous les auspices de la transition écologique pour la construction.

Le premier semestre de cette nouvelle année verra la mise en place de la grande concertation nationale prévue jusqu’au 1er mars 2019. La transition écologique sera l’un des quatre thèmes proposés au débat public.

2019 sera aussi l’année de production de la future la réglementation environnementale (RE 2020), fruit de l’expérimentation E+C-. En Pays de la Loire, la DREAL continuera son travail d’accompagnement et d’explication sur les sujets qui font encore l’objet d’études (périmètre de l’analyse du cycle de vie, confort d’été, stockage carbone…). Vous trouverez dans le présent numéro, un dossier sur les premiers résultats de l’expérimentation E+C- dans notre région.

La cheffe du service intermodalité, aménagement et logement,
Manuelle Seigneur

Actualités

« Matinale du radon » : face au risque, la mobilisation des acteurs locaux

Plus de 80 de personnes ont participé à la première « Matinale du radon » qui s’est tenue le 6 novembre à Clisson.
Organisé à la veille de la journée européenne du radon par les services de l’État, l’autorité de sûreté nucléaire (ASN), l’agence régionale de Santé (ARS) et le Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement), cet évènement a permis de sensibiliser les acteurs présents aux actions à mener, notamment autour de la nouvelle réglementation concernant les Établissement recevant du public (ERP) en vigueur depuis le 1er juillet 2018.

  (nouvelle fenetre)

Vous retrouverez toutes les interventions sur le site du plan régional santé environnement 3.

La nouvelle réglementation modifie la définition des zones à potentiel radon dans tous les lieux de travail situés en sous-sol et rez-de-chaussée et dans les Etablissements recevant du Public (ERP). 3 types de zones ont été établies :

  • Zone 1 à potentiel radon faible ;
  • Zone 2 à potentiel radon faible mais sur lequel des facteurs géologiques particuliers peuvent faciliter le transfert vers les bâtiments : 59 communes de la région Pays de la Loire.
  • Zone 3 à potentiel radon élevé : 661 communes de la région Pays de la Loire.

Retour sur les deux premiers évènements C’Positif de Novabuild

Le 20 novembre, Novabuild, en partenariat avec Alliance HQE, Loire-Atlantique développement et le CAUE 44, a organisé le 1er rendez-vous de C’Positif, la revue de projets de la construction durable en Pays de la Loire. Pour cette édition, une quarantaine de personnes ont assisté aux présentations suivantes :

Le 2nd rendez-vous C’Positif a été consacré aux liens entre santé et bâtiment (18 décembre). Deux présentations ont été proposées au débat :

  • la maison de santé de Châteauneuf sur Sarthe dont la particularité repose dans l’écoconstruction solidaire. En savoir plus sur le site de Novabuild.
  • l’ilôt Coty - Archipel à Ste Luce sur Loire (44), projet certifié NF Habitat.

Le programme 2019 est à consulter sur le site de Novabuild.

Dossier - Retour d’expériences E+C-

Résultats et enseignements régionaux des études E+C-

Le 13 novembre, sous la présidence de l’ADEME, Tristan Le Menaheze (Tribu Énergie) et Louis Bourru (Cerema) ont présenté les résultats des études E+C- réalisées en Pays de la Loire, et ont tiré des enseignements sur les volets Énergie et Carbone.

Quels niveaux ENERGIE et CARBONE atteignent les constructions étudiées ?

Tristan Le Menaheze et Louis Bourru

En préambule, rappelons que les 18 opérations étudiées sont issues d’un panel de bâtiments soumis par des maîtres d’ouvrage volontaires en mai 2017 pour faire tester leur projet selon le référentiel E+C-. Ils ne reflètent donc pas les bâtiments neufs types des Pays de la Loire, mais un échantillon de bâtiments soumis à la RT 2012 dont les performances allaient pour certains au-delà des standards des années 2010 à 2017. Ils n’avaient pas de démarche particulière de « minimisation de l’impact carbone » et n’avaient à l’époque de leur construction pas connaissance du référentiel E+C- alors non publié.
Le niveau énergie moyen atteint sur ce panel pour les logements, les bureaux et les crèches est le niveau E2. Quant au carbone, 8 bâtiments atteignent le niveau carbone 1 (surtout du tertiaire) et 10 ne l’atteignent pas.

Le recours au bois-énergie comme énergie de chauffage : est-ce l’unique solution pour atteindre des niveaux ENERGIE performants ?

Le premier levier pour atteindre un niveau énergie performant est de travailler sur la conception bioclimatique du bâtiment : son orientation, son isolation, son utilisation des apports gratuits en énergie solaire et en éclairage naturel, sa compacité. C’est en réalisant ce travail préliminaire que les besoins en énergie du bâtiment sont optimisés. Une enveloppe très performante associée à du chauffage gaz ou électrique permet par exemple d’atteindre le niveau E2 dans le panel (sans recours au photovoltaïque).
L’indicateur bilan BEPOS défini par le référentiel énergie carbone ne compte que les consommations d’énergie non renouvelables et non récupérées. Ainsi, tout besoin de chauffage ou eau chaude assuré par du bois comptera pour zéro dans le bilan BEPOS. De même le branchement sur un réseau de chaleur alimenté à 85 % par des énergies renouvelables ou de récupération, permet de ne compter que les 15 % de consommations restantes non renouvelables. De plus, l’indicateur bilan BEPOS permet de valoriser la production d’énergie par photovoltaïque, géothermie ou cogénération.
Dans les projets du panel, le recours au photovoltaïque permet d’atteindre le niveau E3 (1 bureau en géothermie de notre panel) voire E4 (1 crèche en chauffage et en eau chaude sanitaire - ECS - électrique dans notre panel).
En conclusion, on peut dire qu’il existe une multitude de leviers différents pour atteindre un niveau énergie performant selon le référentiel E+C-.

L’expérimentation E+C- est-elle une chance pour les matériaux biosourcés ?

Dans l’état actuel du référentiel E+C-, les matériaux biosourcés (bois, paille, chanvre, ouate, lin…) sont valorisés, au même titre que les autres matériaux, selon le contenu de leur déclaration environnementale (FDES ou MDEGD) disponible dans la base INIES. Dans le cadre de la préparation de la future réglementation environnementale 2020, le ministère a mis en place un groupe d’experts pour réfléchir sur ce sujet afin de « mieux valoriser le stockage carbone », (que ce soit du stockage réalisé via des matériaux biosourcés ou d’autres dispositifs) : http://www.batiment-energiecarbone.fr/fr/preparons-re2020/.

Zoom sur un retour E+C+

Le projet de l’Armorique à Saint-Nazaire

Franck Gourdel, Directeur technique et innovation du Groupe CISN et Teo Saal, ingénieur "enveloppe et qualité environnementale du bâtiment" à Wigwam reviennent sur l’expérience partagée, en tant que maîtrise d’ouvrage et assistance à maîtrise d’ouvrage, sur le projet de construction de logements "Armorique" à Saint-Nazaire.
Retrouvez la présentation de ce projet sur le site internet de la DREAL.

Pouvez-vous décrire votre projet et ses contraintes ?

Franck Gourdel
Le projet de l’Armorique s’inscrit dans le cadre d’une opération de renouvellement urbain dans le centre-ville de Saint-Nazaire. Nous allons déconstruire 24 logements vieillissants pour réaliser une opération de 56 logements collectifs et individuels répartis dans 5 bâtiments du R+1 au R+5. La volonté de densifier le foncier nous impose de réaliser un parking souterrain de 54 places et des travaux de terrassement importants. Tous les bâtiments y compris les logements individuels sont implantés sur le parking souterrain et les espaces de pleine terre conservés sont réduits.

À quel moment avez vous décidé d’expérimenter E+C- et pourquoi ?

Franck Gourdel
Nous avons décidé d’expérimenter E+C- dans le cadre du programme Objectif bâtiment énergie-carbone à l’automne 2017, juste avant le lancement du concours d’architecture pour sélectionner l’équipe de maitrise d’œuvre du projet. Nous souhaitions tester sur différents types de nos réalisations le référentiel E+C- et l’opération l’Armorique, de par ses spécificités propres aux opérations denses en milieu urbain nous semblait intéressante. La possibilité d’évaluer en phase conception différentes solutions techniques et de pouvoir quantifier leur impact nous a immédiatement séduit.
Les différentes évaluations que nous avons pu mener nous ont permis de nous familiariser avec la démarche E+C- et de capitaliser sur les bonnes pratiques.

Quel a été votre rôle auprès du maître d’ouvrage ?

Teo Saal
Dans un contexte d’expérimentation de la méthodologie d’évaluation de l’impact carbone des bâtiments, notre rôle premier auprès de la maîtrise d’ouvrage a été de bien faire comprendre quels étaient les enjeux de cette évaluation. De la même manière que la RT 2012 a été construite à partir du label BBC, l’expérimentation E+C- préfigure la RE 2020 et permet d’affiner les niveaux de performances à fixer. Ainsi, pour la maîtrise d’ouvrage, tout comme pour la maîtrise d’œuvre, l’objectif est bien de monter en compétence afin d’adapter ses pratiques pour intégrer de nouvelles exigences en adéquation avec le contexte climatique actuel. Nous avons finalement adopté un rôle de transmission de connaissances pour accompagner la transition vers une réglementation plus environnementale. A notre sens, le rôle d’Assistant à Maîtrise d’Ouvrage pendant cette phase de transition se justifie tout à fait et trouve tout son sens.

C’est pourquoi nous sommes arrivés sur le projet dès la première réunion de présentation de l’avant-projet sommaire. Plus la qualité environnementale intervient en amont d’un projet, plus on a de chance de l’intégrer comme nouvelle clé de lecture d’un projet plutôt que comme une nouvelle exigence ou contrainte à respecter. Dans ce sens, la première étape a consisté à bien expliquer la démarche à l’ensemble de l’équipe, à sensibiliser très tôt aux leviers impactant sur le sujet du carbone, mais également à assister à la présentation du projet par l’équipe de maîtrise d’œuvre afin de nous approprier le projet et d’arrêter une première version de base à évaluer.

La seconde étape consistait à fixer les premières variantes du projet à évaluer pour permettre à la maîtrise d’ouvrage et à la maîtrise d’œuvre de faire des choix de conception éclairés en fonction des contraintes du projet. Ainsi, différents systèmes structurels (bois, béton, brique), de second œuvre (bardage bois/acier, revêtement de sol PVC/carrelage/parquet) et systèmes énergétiques (chauffage individuel gaz, collectif gaz et bois) ont été comparés.

Enfin, en analysant les résultats de ces différentes études, nous avons finalement pu transmettre à la maîtrise d’ouvrage non seulement de nouveaux arguments pour orienter la conception, mais également des retours d’expérience riches d’informations pour l’élaboration des futurs programmes d’opérations.

Appel à contributions

Fiabilisation du DPE : appel à contributions

Dans le cadre du Plan de rénovation énergétique des bâtiments annoncé par le Gouvernement en avril 2018, la DHUP, en partenariat avec le Plan Bâtiment Durable, lance un appel à contributions sur la fiabilisation du DPE par le biais d’un questionnaire.
Toutes les informations sur les modalités de contributions sont présentées sur le site du Plan Bâtiment Durable.

Brèves

Le baromètre annuel de la construction durable en Pays de la Loire

En 2017, dans notre région, 92 809 ménages ont bénéficié d’un crédit d’impôt transition énergétique (CITE). 125 millions d’euros ont été distribués dans ce cadre, ce qui correspond à 469,7 M€ de travaux de rénovation énergétique menés par les ménages.
1 € investi a donc généré 3,8 € de travaux éligibles, un taux de transformation du même niveau qu’en 2016. Retrouver l’étude sur le site de la CERC.

Un référentiel de sobriété architecturale, technique et économique pour les lycées de la région

Jean Williamson (Région Pays de la Loire) a présenté, lors du comité régional des professionnels du bâtiment du 9 novembre, le référentiel adopté par la Région pour la construction, la rénovation et l’entretien de ses lycées. L’objectif est de favoriser, par la qualité des bâtiments et des lieux de vie, des conditions d’accueil optimisées, au service de tous les parcours de formation et sur l’ensemble du territoire.
« Priorité est donnée à l’éco-construction pour les nouveaux chantiers. ».

Le pavillon d’accueil de la scierie Dibon

Corzé en Maine-et-Loire


1er prix national de la construction bois, catégorie « Travailler/accueillir ».

Pour en savoir +

RE 2020

Quelles évolutions vous semblent nécessaires pour l’élaboration de la RE 2020 ?

Tristan Le Menaheze et Louis Bourru
Il est important de tirer les enseignements des projets entrés dans l’observatoire énergie carbone pour réajuster les seuils énergie et carbone qui seront proposés dans la RE 2020, en regardant à la fois les modes constructifs utilisés et les données économiques associées. Des réflexions doivent être menées sur l’impact carbone de la parcelle et des aménagements extérieurs, les niveaux de seuils, la valorisation du stockage carbone.
Il est nécessaire de progresser sur les déclarations environnementales des lots 8 à 12 (lots techniques) afin de permettre une saisie détaillée de ces postes et de commencer à les optimiser via une réflexion carbone. Autre aspect important : il serait intéressant de pouvoir prendre en compte les fournisseurs d’énergie renouvelable (électricité produite par éolienne et photovoltaïque injecté sur le réseau, biogaz…) car certains maîtres d’ouvrage font l’effort d’y souscrire sans pouvoir le valoriser dans leurs calculs.

3 visuels pour appréhender E+C

Points clés pour mener à bien une opération de construction à faible empreinte carbone

Issus d’un travail collaboratif, ces visuels synthétiques accompagnent le guide de conduite d’une opération à faible empreinte carbone.
Vous retrouvez ces visuels sur le site de la DREAL.

Bilan

Quels leviers pour réduire l’impact carbone du projet ?

Teo Saal

Selon nous le premier levier se définit dès la phase de programmation. Bon nombre de facteurs influencent déjà à ce stade le niveau global du projet : densité de la parcelle, compacité du bâti, voiries, parkings enterrés et surface de sol imperméabilisée sont des exemples importants.

Pour la partie énergie, l’intégration d’énergies renouvelables permet de réduire les émissions carbone associées à la phase d’exploitation du bâtiment. Pour ce qui est de l’intégration de l’élément bois comme élément structurel, bien qu’il permette de réduire les émissions carbone du projet (par rapport à un projet en brique ou en béton), son impact positif est aujourd’hui assez négligeable. Ceci est dû à la méthodologie de calcul qui n’est pas encore très claire ni sur la comptabilisation de la quantité de carbone stockée pendant la phase de croissance du bois (et de l’ensemble des produits biosourcés plus globalement) ni sur la valorisation des déchets de construction des matériaux biosourcés en fin de vie.

De manière assez séquentielle, l’étape suivante consiste à s’intéresser aux éléments de second œuvre qui en termes d’impact ont un pourcentage plus faible dans la répartition globale.

Enfin nous souhaitons rappeler que l’impact carbone d’un bâtiment ne peut être décorrélé de l’impact carbone de ses habitants (le bâtiment ne représente qu’un quart de l’impact carbone, le reste concerne les transports, la consommation, l’alimentation etc…).Le levier le plus efficace de réduction de l’impact carbone d’un projet, d’une ville ou d’un pays, passe par la sensibilisation et l’accompagnement des habitants.

Que retirez-vous de cette expérimentation ?

Franck Gourdel

Le premier enseignement que nous retenons, c’est qu’il est impératif d’associer le plus en amont possible tous les intervenants pour atteindre les meilleurs performances E+ et surtout C-. Le temps nécessaire aux études avant le dépôt de permis de construire est plus important du fait de la multiplication des échanges et de l’évaluation des quantités de matériaux utilisés.
Le second, c’est qu’il y a une convergence entre l’approche économique d’un projet et la démarche E+C- sur le sujet de la limitation des matériaux utilisés.
Enfin, les résultats obtenus dans le cadre de notre projet ne correspondent pas toujours à ce que nous avions envisagé intuitivement au départ. Notamment l’impact positif limité de la variante murs à ossature bois pour les façades ou de la variante carrelage en remplacement du sol PVC.

Publication

 

Directrice de la publication : Manuelle Seigneur, cheffe du Service Intermodalité, Aménagement et Logement de la DREAL des Pays de la Loire.

Rédactrice en Chef  : Céline Lemasson, chargée de mission à la DREAL des Pays de la Loire.

Contributeurs  : Benoît Rocher, chargé de mission qualité de la construction à la DREAL des Pays de la Loire.